Article paru dans la revue de la FACCC – « Courtoisie FACC » – revue 98, mars 2018.

Depuis longtemps, les dangers de la consanguinité font l’objet d’une large littérature scientifique.
Certains la bannissent, d’autres la recherchent.
J’écris cet article parce que je fais partie de la seconde tranche. Ceux qui recherchent la consanguinité
et la défendent. Mon travail dans la production de vaccins humains et les contacts journaliers avec les
scientifiques font que la consanguinité fait partie de mon quotidien. L’idée que j’en ai depuis longtemps
est bien différente de ce que j’ai souvent tendance à lire.
Le sujet étant très difficile à traiter par écrit, je vais tenter de vulgariser au maximum et éviterai toute
explication technique.

Qu’est-ce que la consanguinité ?
Par définition, la consanguinité est l’accouplement de deux individus apparentés, c’est-à-dire ayant au moins un ancêtre commun. Parler de consanguinité au sens large n’est pas évident, car tous les individus appartenant à une même « race » sont consanguins. Nous parlerons ici de consanguinité étroite, à fort coefficient de parenté.
Sur le principe, la consanguinité continue à effrayer bon nombre d’éleveurs et suscite de grands débats dans le monde de la
cynophilie. Je pense que ces débats sont surtout dus à un manque de connaissance du sujet. La consanguinité est rarement traitée de
façon objective car il faut connaître au minimum les bases de la génétique avant d’en aborder la pratique. Les personnes qui échouent
en utilisant la consanguinité sont des personnes qui l’utilisent mal. Pour ceux-là, je soutiens totalement l’idée de s’en éloigner. Pour
ceux qui pensent pouvoir utiliser cette technique, sachez qu’il s’agit d’un outil complexe de la génétique, parfois difficile à comprendre
mais très « puissant » en termes de sélection.

Utilité de la consanguinité
Au-delà de l’a priori souvent véhiculé, il faut regarder la consanguinité comme l’outil qu’elle est. Son objectif est de fixer génétiquement, et donc dans le phénotype également, un maximum de caractères.

La consanguinité chez les humains
La consanguinité n’est pas tolérée chez l’espèce humaine, pour des raisons morales et religieuses entre autres. Mais notons que
la consanguinité a longtemps été la norme chez nous, en Belgique, France et autres pays. Elle l’est encore aujourd’hui dans bien des
endroits à travers le monde. Pensez à ce qu’étaient les routes et les véhicules, là où ils existaient, il y a cent ans. Les mariages entre
cousins, même germains, étaient la règle dans pratiquement tous les villages, là où vivaient la plus grande partie de la population.
Les modes de transport n’ont évolué que très récemment dans l’histoire de l’humanité et ont permis une multiplication des partenaires possibles. Sur le plan génétique, selon plusieurs études universitaires, il est probable que 80% des mariages de l’histoire aient eu lieu entre seconds cousins ou plus proches.

La consanguinité chez les chiens
Je suis convaincu que les personnes qui échouent en utilisant la consanguinité sont soit des personnes qui sélectionnent mal les reproducteurs, soit qui n’ont pas conscience de l’énorme travail de sélection qui suit pour éliminer tout individu non-conforme. Quand je parle de sélection, je parle de tout point suscitant un problème.
Certains éleveurs, désormais devenus des entités dans leurs races comme Alain Dampérat en Setter Gordon (lisez les origines de ses chiens sur son site « Grand Valy ») ou John Nash en Setter Irlandais, utilisaient beaucoup cette technique. Je n’oserai pas donner de nom en chien courant, mais je sais à coup sûr que ça existe, et que les résultats sont clairement présents.
En bref, avant de vouloir utiliser la consanguinité, je pense qu’il faut se mettre en tête que l’on veut sélectionner ou participer à un effort de sélection. Cette sélection consiste à trier les bons allèles. C’est de cette façon que l’homozygotie apparaîtra, en ayant des allèles fixés dont la transmission sera assurée. Mais il faut aussi savoir que cet outil d’élevage et de sélection possède ses propres limites. Car encore une fois, il ne s’agit que d’un outil.

Les limites de la consanguinité
La sélection se fait par étape. Lorsqu’on connaît le temps de vie d’un chien, la fréquence des nichées et le mode de sélection, on
comprend vite que pratiquer la consanguinité, seul, est très difficile. L’idéal est de construire un groupe d’amis qui élèvera sur les mêmes critères. Quand un caractère est fixé et stable dans la lignée, à savoir que la majeure partie des chiots le possède, on peut passer à l’étape suivante. Chaque étape nécessite quelques générations. Pour gagner du temps, il est possible de travailler sur plusieurs lignées parallèles. Utiliser la consanguinité est une affaire de décennies.
Mais je parle ici pour le sélectionneur, qui aura envie de fixer une lignée avec quelques caractères intéressants. Je parle donc surtout
pour une personne qui s’intéresse à la génétique et ses caractères de transmission. Il n’est pas question d’être mercantile dans l’approche, mais juste de sélectionner les critères qui nous intéressent, de façon plus précise que simplement choisir une race. C’est difficile et l’espoir est la plus grande source de motivation.

La sélection des reproducteurs
Le plus utile à retenir est que le choix des reproducteurs est essentiel. Sans cela, les éleveurs verront apparaître des chiens légers, plus
petits, moins bien construits et parfois avec des tares génétiques. Les femelles, notamment, doivent être proches de l’image qu’on
se fait de la race. Les chaleurs doivent être régulières. Les nichées nombreuses. Le comportement parfait. Les caractères de travail
doivent « vous faire rêver », car les défauts ne seront pas admis. Sur cette base, la femelle pourra se lancer. La robustesse et la prolificité sont les maîtres-mots, car la consanguinité finira sans doute par les affecter.
Sans cela, pas de consanguinité efficace, mais surtout des risques de produire n’importe quoi. La consanguinité, c’est très important,
n’améliore pas le niveau d’une lignée. Je répète… Il n’y a pas d’amélioration grâce à la consanguinité. Par contre, cette technique
fixe la lignée de façon génétique et par ricochet, en phénotype également. La sélection doit être sévère, en écartant de la reproduction
tout chien ne correspondant pas aux critères recherchés. Ils seront certainement d’excellents chiens de chasse ou de compagnie, mais
pas des reproducteurs pour la lignée à développer.

Quand doit-on arrêter la consanguinité ?
Impossible de répondre à la question de façon claire et nette. Mais globalement, dès que la robustesse ou la prolificité diminuent,
si des pathologies inhabituelles dans la race apparaissent ou tout simplement lorsque l’éleveur se rend compte qu’il est dans une
impasse et n’a d’autre choix que de retremper. Dans ce dernier cas, la décision est difficile à prendre et toujours très risquée. Mais
l’éleveur sait que son travail doit se poursuivre et que d’autres prendront la relève.
En cas de doute, comme c’est le cas dans l’une ou l’autre lignée, il est possible de « tourner en rond » en utilisant des chiens de même
sang, mais toujours dans un timing limité. Cela élimine les risques, tout en maintenant un niveau de consanguinité suffisant. Durant ce
temps (des années dans la plupart des cas), le sélectionneur peut tenter de trouver le mariage qui lui plaît pour effectuer une retrempe.

Avantages et inconvénients de la consanguinité
Les avantages sont de fixer les caractères et permettre une certaine progression grâce à la sélection, pour autant qu’on regarde à la
lignée et non à des individus. Quand on parle de sélection, on en parle au sens large.
Cet outil génétique permet également de retirer ou atténuer certaines tares d’une lignée et de la rendre plus homogène. Elle permet de produire des « raceurs », qui transmettront une grande partie de leurs qualités à leur descendance. Quand j’écris cela, n’imaginez
pas que 100% de la production sera homogène. Mais si on regarde un certain nombre de nichée, on se rendra compte qu’une bonne
part de la population produite possédait telle ou telle qualité, comme sélectionné au fil des générations.
Les inconvénients existent aussi. Le présent article n’est pas écrit pour vendre la consanguinité, mais pour insister sur le fait qu’elle est
très utile pour les personnes qui savent l’utiliser.
Le premier inconvénient est de ne rien créer d’autre que ce qui se trouve déjà dans la lignée. C’est la raison pour laquelle il faut
commencer avec deux chiens « brillants », dans le sens le plus noble du terme. Sans quoi, nous arriverons vite au bout de la sélection ou ferons plus de mal que de bien à la race. Le chien se sélectionne sur base de son phénotype, mais aussi et surtout sur base de ce
qu’apporte la lignée sur le plan génétique.
La sélection passe également par l’élimination de certains points génétiques. Malheureusement, des qualités disparaîtront en même
temps que les défauts. La génétique n’est pas un jeu de billes ou on trie facilement. Certains gènes sont liés entre eux et pas toujours
dans le bon sens.
Enfin, le dernier inconvénient cité, car il en existe d’autres, est le risque d’étendre un problème génétique qui n’apparaissait pas chez
le géniteur de base. Il risque d’être étendu et demandera du travail pour être éliminé ou même atténué.
En bref, le travail basé sur la consanguinité est délicat, mais puissant. À coup sûr, des chiots naîtront avec des problèmes. Dans ce cadre, il est plus que souhaitable de vendre ces chiots à des gens étant au courant du mode de sélection et des risques. La consanguinité permet de fixer les choses, mais elle fait encourir à certains chiots des risques (blessures à répétition, faiblesses, problèmes digestifs, type discutable…).

Conclusion
Désolé d’avoir été très vague dans l’article, et parfois imprécis sur certains points. Mais le sujet est impossible à traiter dans un article
aussi court.
Souvent, chez les personnes qui ne connaissent pas la pratique autrement que par des bruits de couloirs, la réputation de l’éleveur
sera entachée par l’utilisation de la consanguinité. Pourtant, ce n’est qu’à ce prix que son travail sera reconnu au fil des décennies. Et
bien après sa mort, les utilisateurs seront encore fiers d’utiliser un chien aux origines de ce sélectionneur. Les utilisateurs de Setters qui utilisent les origines « Moanruad » ou « Grand Valy » utilisent encore aujourd’hui cette origine dans leur « marketing », malgré la mort des éleveurs. Mais le travail réalisé était grand (au sens noble du terme) et reste une référence.
En résumé, il n’existe aucune recette unique, facile et rapide pour améliorer une lignée. Mais la consanguinité est un outil à utiliser de
manière rationnelle pour fixer le travail génétique sur les lignées. Cet outil n’est pas un jeu, mais une façon de travailler sérieusement.

Fabrice Chérain